Un «sommet» aussi pour les femmes sans abri à Lausanne

La vie à la rue, elles connaissent. Au-delà des non-dits, des femmes de trois pays sont venues partager leur expérience et rencontrer le public.

Des femmes sans-abri de Renens, Marseille et Québec échangent autour d’une table verte au Vallon à Lausanne, lors d’une rencontre internationale.
Lausanne a accueilli le 11 juin une rencontre internationale de femmes sans abri ou précaires. Des groupes d’entraide sont venus de trois villes différentes – Lausanne, Marseille et Montréal – pour partager leur vécu et leurs solutions.
Marie-Lou Dumauthioz/Tamedia
 

En bref:

  • Des femmes sans abri de Lausanne, Montréal et Marseille se sont réunies cette semaine.
  • Le groupe québécois des Parrfaites sensibilise via un jeu de société sur l’itinérance féminine.
  • Les participantes dénoncent des dangers communs: vols, viols souvent ignorés par les autorités.
 

«Quand on est sans toit et qu’on mène cette vie d’itinérance, ça ne va pas forcément avec des problèmes d’alcool ou d’addiction. Parfois c’est la faute à pas de chance! Moi, j’ai tout perdu à 50 ans.» Chantal a de petites lunettes et un chemisier coloré. Tout d’une tranquille retraitée. Elle est pourtant venue à Lausanne spécialement de Montréal pour parler d’une réalité qui dérange: celle des femmes sans abri ou en grande précarité.

Alors que la région s’agite en vue du G7 d’Évian, un autre sommet a pris le contrepied toute cette semaine dans la capitale vaudoise, la Rencontre internationale francophone de l’itinérance au féminin inclusive (Rififi). Sous ce nom à la pompe ironique, l’événement a réuni une quinzaine de femmes, toutes actives dans des groupes d’entraide à Lausanne, Montréal et Marseille.

Quatre femmes sans-abri devant une banderole «Et si on se mêlait de ce qui nous regarde?» au Vallon à Lausanne, lors d’une rencontre internationale. Un principe partagé par ces groupes de femmes est qu’il faut trouver des solutions, mais jamais sans leur implication active.
Marie-Lou Dumauthioz/Tamedia

Femmes et sans-abri, la double peine

Loin de rester entre elles pour partager leurs expériences, l’un des buts de l’opération, elles ont aussi organisé jeudi une manifestation au contact du public. C’est là, dans le quartier populaire du Vallon, que l’on trouve Chantal en pleine conversation avec une jeune femme. Celle-ci ne manque pas de questions à lui poser: elle se destine à une carrière dans le travail social

Comment sensibiliser les gens à une réalité aussi cachée? Le groupe québécois des Parrfaites, dont fait partie Chantal, présente sa méthode, un jeu de plateau un peu spécial créé il y a quelques années. «Chaque case avec un serpent et/ou une échelle vous fait tirer une carte qui raconte une situation vécue par l’une d’entre nous. Certaines sont inspirées de mon histoire. Vous avez remarqué qu’il y a plus de serpents?»

Participantes à une rencontre internationale de femmes sans-abri à Lausanne jouant à un jeu de société pédagogique sur une table verte. Pour sensibiliser, le groupe d’entraide de Montréal, les Parrfaites, utilise depuis des années un jeu de société. Il permet de découvrir de petits récits de situations vécues par les femmes du groupe.
Marie-Lou Dumauthioz/Tamedia

Sur la première carte tirée, le récit commence ainsi: «Vous perdez votre emploi à cause d’une situation de harcèlement au travail.» Et de décrire l’enfer administratif qui conduit à la rue, au Canada comme ailleurs. Pas droit au chômage et pas droit à l’aide sociale non plus. «C’est ce qui m’est arrivé», glisse Chantal.

Les dangers de la rue, ce sont les vols «par des autres comme nous», lit-on sur une autre carte. Chantal ajoute: «Il y a aussi les viols. Et le fait qu’ils ne sont pas pris au sérieux quand c’est nous.» Ces dangers, les autres participantes les connaissent aussi, comme Lou, qui fait partie du collectif lausannois des Lionnes. «Ce qui m’interpelle, ce sont les similitudes entre les stratégies que nous mettons en place, comme se rendre invisible. On a une cible dans le dos en tant que femme dans la rue. Avec cette rencontre, on espère sensibiliser les gens à ce qu’on a l’habitude de devoir cacher.

Un vécu commun à Lausanne ou Marseille

La Vaudoise espère une prise de conscience qui mène à des solutions. Mais avec un principe: «Ne rien faire pour nous sans nous!» Avec plusieurs femmes du groupe des Lionnes vaudoises, Lou se retrouve chaque semaine pour entretenir des liens d’entraide. «Ça nous donne de la force.» Mais le groupe n’est pas en vase clos. «Nous avons mis en place des ateliers pour les futurs médecins, policiers ou travailleurs sociaux, pour leur faire vivre une immersion dans notre univers», explique Lou.

Rencontre internationale de femmes sans-abri à Lausanne: deux femmes échangent lors de l’événement public au Vallon, avec d’autres participants en arrière-plan. Une quinzaine de femmes de trois groupes d’entraide ont participé à la rencontre toute la semaine. Elles ont organisé un événement public jeudi dans le quartier du Vallon, à Lausanne.
Marie-Lou Dumauthioz/Tamedia

La clé pour tous ces groupes de femmes est de combattre l’isolement et briser certains tabous. Le groupe marseillais des Polytoux, par exemple, sensibilise sans détour sur le fait d’être à la fois maman et dépendante aux drogues. C’est d’ailleurs ce que fait aussi un groupe d’entraide suisse, les Mamans de choc, qui existe depuis plusieurs années.

Venue de Marseille, Simone*, sort de cette rencontre avec «encore plus de niaque»: «On vit les mêmes choses. C’est bon de voir autant d’humanisme et de non-jugement.» Par rapport aux Lausannoises, les Françaises déplorent que leur ville manque d’espaces sécurisés pour la consommation de drogue. Mais pour Simone, Marseille a aussi des atouts dont Lausanne pourrait s’inspirer: «Il y a beaucoup d’entraide entre les habitants, car c’est vraiment dans notre culture. Ici, j’ai le sentiment que les femmes sont beaucoup plus isolées.