Zoom no25 octobre 2006
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No 25 Octobre 2006
Drogues de synthèse : une prévention à renforcer !
A la mi-juillet 2006, les structures de prévention et de réduction des risques genevoises ont dû renoncer à tester la qualité des drogues de synthèse qui circulent durant la Lake Parade. Au dernier moment, le procureur général Daniel Zappelli s'y est en effet opposé. Il estimait que cela équivaudrait à encourager la consommation de drogues illicites. Cette décision met en évidence les questions éthiques qui se posent autour de ce genre d'interventions. La police trouve par exemple ambigu de devoir d'un côté surveiller le trafic de drogues et de l'autre côté fermer les yeux sur ces tests. Cet aspect doit être pris en compte, mais force est de constater que l'approche classique actuelle ne réussit pas à endiguer l'augmentation de la consommation de substances psychoactives. Dans les soirées branchées, de nombreux garçons et filles consomment des molécules diverses pour oublier leur fatigue et leur stress, ceci avec des risques non négligeables. Les milieux de la prévention ont cherché des solutions complémentaires à la prévention et à la répression.
C'est ainsi qu'en Suisse, des analyses chimiques sont réalisées depuis plusieurs années en ville de Zurich et dans le canton de Berne, lors d'événements festifs. Les consommateurs potentiels peuvent faire contrôler par un chimiste ces substances pour connaître leur composition. Ces tests ont permis d'augmenter le nombre de personnes qui renoncent à consommer sur le moment. De plus, c'est l'occasion pour les consommateurs potentiels de discuter avec un travailleur social des risques liés à la consommation, d'aborder des problèmes individuels et de les orienter vers les structures d'aide. Ces résultats encourageants doivent inciter les milieux concernés de Suisse romande à chercher ensemble des solutions pour dépasser les blocages actuels.
Dans ce contexte, Zoom propose un tour d'horizon des habitudes de consommation des jeunes et donne la parole à une responsable de l'association Prevtech, qui fait de la prévention par les pairs dans des soirées techno.
Consommation lors des soirées techno et festives
Aujourd'hui, le tiers des 15 à 24 ans a expérimenté le cannabis au moins une fois dans sa vie. Cette proportion est deux fois plus élevée chez les jeunes qui fréquentent les soirées technos et autres raves. Parmi ceux-ci, certains jeunes qui entrent dans le monde du travail ont une consommation inquiétante.
Les jeunes qui sortent tous les week-ends, sur une longue période et qui fréquentent les soirées techno sont les plus grands consommateurs de substances de synthèse. Plus d'un tiers des jeunes " ravers " consommateurs estime d'ailleurs que le plaisir des sorties est lié à la prise de drogue. En comparaison, les teenagers pris dans leur ensemble sont deux fois moins nombreux à tenir de tels propos. Plusieurs études européennes montrent ainsi un lien direct entre consommation de drogues et sorties - lieux fréquentés, fréquence et durée. Plus schématiquement, plus les jeunes s'éloignent de la scène techno et moins ils sortent, moins ils consomment.
Des apprentis se mettent en danger
Globalement, si les études montrent que ces dix dernières années, la proportion de jeunes qui consomment des drogues de synthèse, comme l'ecstasy ou des amphétamines n'a pas augmenté de façon significative, il n'en va pas de même chez les apprentis, en particulier les garçons, qui sont proportionnellement plus nombreux à consommer de telles substances. Environ un quart des apprentis hommes de vingt ans déclare avoir expérimenté des stimulants synthétiques et la proportion est presque identique s'agissant de la cocaïne.
1 à 2 % des apprentis avoue même une consommation qui s'avère inquiétante. Ce sont des jeunes de 15 à 16 ans qui affirment avoir déjà consommé à plusieurs reprises des drogues de synthèse et/ou de la cocaïne ainsi que des jeunes de 16 à 20 ans qui consomment actuellement de manière assez régulière des drogues de synthèse et/ou de la cocaïne. Autant les uns que les autres prennent des risques importants, et notamment celui de devoir abandonner la formation dans laquelle ils se sont engagés.
Un lien étroit entre la consommation et l'apparition de problèmes
Une récente étude montre un lien étroit entre la consommation de psychotropes chez les jeunes fréquentant des soirées festives et leurs problèmes relationnels ou de santé. Ils disent ainsi se montrer plus souvent agressifs ou avoir plus facilement des problèmes avec leur entourage. Ils parlent majoritairement de crise d'anxiété, d'états dépressifs, de déprime et surtout de problèmes de sommeil. À noter que plus les substances sont mélangées, plus les symptômes deviennent importants.
Abstinents et consommateurs occasionnels fréquents
Précision importante qui relativise ce constat : selon l'Institut universitaire de médecine sociale et préventive, " l'abstinence, en matière de consommation de drogue de synthèse et de cocaïne, concerne toujours une partie importante, sans doute majoritaire, des usagers des soirées techno " (1). De plus, l'usage occasionnel, représenté par les individus n'ayant pas consommé récemment ou affichant une consommation rare et irrégulière, reste le plus fréquent, du moins pour ce qui est des drogues de synthèse et de la cocaïne.
(1) Usage de drogues de synthèse et de cocaïne en milieu festif - Etat des lieux dans le canton de Vaud - Sanda Samitca et al., Hospices/CHUV, Dpt. Universitaire de médecine et de santé communautaire, IUMSP, 2005.
| En 2005, l'association Prevtech a mené pour la deuxième fois une enquête auprès des "ravers", en collaboration avec le Service universitaire de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent. Elle a distribué un questionnaire anonyme à l'entrée de soirées techno. Quelque 300 jeunes y ont répondu. Voici quelques-uns des résultats mis en évidence par le SUPEA. L'alcool vient largement en tête de la consommation de psychotropes. 86% des jeunes interrogés en ont consommé durant le mois précédent. Le cannabis suit avec 54% et l'ecstasy avec 23%, juste devant la cocaïne, 21%. Les autres drogues - comme les hallucinogènes, les amphétamines ou les médicaments - sont moins consommées. Mais ce qui frappe le plus, c'est la polyconsommation. Plus de la moitié des ravers consomme au moins deux substances. |
Parole à…
Alexandra Rubin, coordinatrice sociale de l'Association Prevtech qui mène des actions de prévention et de réduction des risques dans les soirées techno .
Rel'ier - L'enquête montre que certains consommateurs prennent jusqu'à 5 voire 10 substances différentes. Comment en viennent-ils à mélanger autant de substances psychoactives?
Ces consommateurs ont tendance à prendre un peu de tout, en fonction de ce qu'ils trouvent. Ils ne craignent pas les cocktails pour essayer un nouveau mélange, augmenter les sensations ou atténuer les effets de la descente. Au cours d'une même soirée, ils mélangent tabac, alcool, cannabis, ecstasy, cocaïne, GHB, amphétamines, LSD. Ces consommateurs sont de loin ceux qui disent avoir le plus de problèmes de santé et de relation.
Rel'ier - Les consommateurs que vous côtoyez dans les soirées techno se rendent-ils compte qu'ils prennent des risques?
Sur le moment, oui et non. Ils sont dans l'euphorie. Ils ont surtout conscience des effets néfastes, "du prix à payer ", lorsqu'ils tentent d'arrêter de consommer.
Souvent, à notre stand, des personnes qui viennent d'arrêter de consommer nous disent combien c'est difficile pour elles. Elles ont mal au dos, sont fatiguées, se sentent déprimées, parfois même dépressives. Nous leur expliquons que c'est une mauvaise période à passer et que ça ira mieux par la suite. Elles doivent donner au corps le temps de se remettre. Nous les encourageons à dépasser ce stade.
Certains y parviennent. Nous rencontrons de temps à autre des jeunes qui ont eu par le passé des consommations excessives durant un certain temps et qui sont arrivés à s'arrêter et à régler un certain nombre de problèmes. Certains sont aujourd'hui parents et ils s'en sortent plutôt bien. C'est rassurant.
Rel'ier - Comment abordez-vous ces questions avec les jeunes?
Nous sommes convaincus que les discussions que nous avons avec les jeunes à notre stand peuvent avoir des effets bénéfiques à long terme. Par exemple, ceux qui ont dépassé une consommation festive ont généralement de la peine à en prendre conscience. En parlant avec eux sans les juger, nous pouvons les aider peu à peu à faire le lien entre leurs problèmes d'insomnie ou leur mal-être et leur consommation abusive. Nous les aidons à avoir le déclic qui leur donne envie de ne plus fuir et de prendre les choses en main.
Rel'ier - Prevtech aimerait pouvoir organiser des analyses chimiques des pilules dans les soirées techno. Qu'est-ce que cela apporterait?
Dans le questionnaire, 72% des consommateurs disent qu'ils viendraient tester leurs pilules si c'était possible de le faire. On le voit bien à notre stand. Certains jeunes passent vers nous et repartent dès qu'ils savent que nous n'offrons pas cette possibilité. En proposant de tester les pilules, nous pourrions nouer une relation avec ces jeunes qui n'entrent pas en discussion avec nous actuellement et les sensibiliser à certains aspects problématiques.
Rel'ier - Si quelqu'un venait faire contrôler sa pilule à votre stand et qu'il avait un malaise après l'avoir consommé, n'auriez-vous pas une part de responsabilité?
De toute façon, le garçon ou la fille achète une pilule dans l'intention de la consommer. C'est évident. Maintenant, en proposant de l'analyser, nous nous sentons responsables de lui dire que sa consommation est risquée et qu'il a intérêt à s'abstenir. Nous l'incitons à ne pas consommer. Nous sommes à l'aise, parce que nous voulons accompagner ce test d'un message de prévention adéquat.
Rel'ier - Quel message transmettez-vous en voulant faire de la prévention tout en proposant de tester les produits?
Réfléchissez à votre consommation, informez-vous et essayez d'aller vers l'abstinence. Notre but n'est pas de dire : maîtrisez votre consommation. Nous sommes convaincus que ce n'est pas possible. Lorsqu'on consomme des substances, on ne peut jamais prévoir ce qui va se passer. C'est incontrôlable. Consommer, c'est toujours prendre un risque.
Zoom sur le Net
- www.nuit-blanche.ch
Réduction des risques liés aux drogues - www.prevenfete.ch
Conseils pour organiser des fêtes sans abus de substances - www.bemyangel.ch
Sensibilisation des jeunes conducteurs/trices - www.eve-rave.ch
(en allemand) Fête et consommation de substances
Matériel de prévention
‹ Flyers d'information sur les substances (ecstasy, amphétamines et autres) et les risques, ISPA, www.sfa-ispa.ch ou à commander au 021 321 29 35
‹ Papillons, info-conseils, forum, liens, argumentaire et documents à télécharger, Assoc. PREVTECH, www.prevtech.ch
‹ DRUGS Just Say Know - brochure sur les substances, risques, effets secondaires, safer use, www.know-drugs.ch
‹ Charte des clubs techno. S'adresse aux organisateurs d'événements technos. Buts : assurer sécurité et confort des clients, www.great-aria.ch/pdf/chartetechno.pdf
Info réseau
4 novembre 2006
Fleur de Pavé fête ses 10 ans. Repas de soutien à la salle de paroisse St-Joseph à Lausanne dès 19h30
Renseignements et inscriptions au 021 661 31 21.
Agenda
- 1er décembre 2006
Addictions et travail sous contrainte
Cours FORDD - 6 décembre 2006
Une demi-journée de rappel pour la prévention des overdoses et les techniques de réanimation - Cours GREAT
Pour ces deux cours, il est possible de s'inscrire directement en ligne sur le site www.great-aria.ch ou de la www.fordd.ch - 1er décembre 2006
Palais des Congrès Bienne
Journée nationale " Police - travail social - migration - toxico-dépendances "
Inscription jusqu'au 15 novembre : www.infodrog.ch
Plaquette "Liquides biologiques"
Plaquette "Présentation du travail social de proximité dans le canton de Vaud"
Documentation information