Association Relais

Zoom no30 juin 2008

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éditée en collaboration avec le Service de la santé publique
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A propos de toxicomanie en région lausannoise
No 30 Juin 2008

Retour au numéro en cours

Éditorial

Parole aux usagers de drogues

Les professionnels vaudois du champ des addictions se sont réunis en mars de cette année pour des Assises de la toxicomanie, organisées par la Ville de Lausanne. Ils ont échangé leurs points de vue, afin de dégager des pistes qui permettraient de perfectionner la palette des offres du dispositif actuel. Renforcer l’interdisciplinarité et la connaissance réciproque ont été mentionnés comme mesures essentielles pour améliorer la prise en charge des personnes toxicodépendantes.
Mais quelle est la place des usagers dans ces débats ? Ils sont pourtant très concernés puisqu’ils vont être les bénéficiaires des décisions qui seront prises. Ont-ils quelque chose à dire ? Dans le canton, des groupes d’usagers de drogues ont vu le jour, des journaux sont nés, des actions d’information par les pairs ont été menées. Nous avons passé un après-midi à la Riponne pour rencontrer des habitués de la place et leur poser nos questions.
Nos collègues de Rel’Aids, éducateurs de proximité auprès des personnes toxicomanes, nous ont présentées aux habitués de la place. Nos interlocuteurs ont été très contents de pouvoir s’exprimer et donner leurs sentiments. Tous ont souhaité répondre à nos questions. « C’est bien qu’on nous demande notre avis et qu’on nous balade pas comme des chiens. Dites aux politiciens de venir passer une semaine avec nous, en hiver. Pour voir ce qu’on vit, et nos douleurs ». Nous avons côtoyé des personnes souvent très bien informées des enjeux dont elles font l’objet. Les usagers de drogues savent que les lausannois ont refusé l’ouverture d’un espace de consommation et qu’aujourd’hui, les politiciens de droite comme de gauche, tentent de trouver des solutions, afin qu’ils ne dérangent plus les passants de la Riponne. Ils n’ignorent pas les représentations négatives et la crainte suscitée par leur présence.
Toutefois, ils se sentent citoyens à part entière et revendiquent une légitimité qu’on tente parfois de leur enlever. Ils présentent une grande diversité dans leur parcours : vieil habitué de la zone lausannoise, jeune toxicomane, ex-usager de drogue. Ce qu’ils nous on dit ce jour-là, ils ne le pensent peut-être plus aujourd’hui, car leur situation évolue rapidement. « Je n’aurais pas eu les mêmes réponses et le même point de vue si je n’avais pas arrêté de consommer ». Leurs avis ne sont pas représentatifs de l’ensemble des personnes marginales fréquentant la place, ce sont dix témoignages, pris sur le vif. Ce numéro de Zoom leur ouvre ses colonnes.

Parole à…

Anne-Christine, Catherine, Alain, Jean-Claude, M., Raphael, Reynald, Claude, Thierry, Rodolphe

Interviewés par Rachèle Féret et Isabelle Weigand

Rel'ier – Vous savez sûrement que votre présence à la Riponne dérange, on peut le lire régulièrement dans la presse. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Oui, je comprends que l’on trouve que l’on dérange. On fait du bruit, des dégâts, les toilettes sont crades. Et on peut faire peur, on a des chiens. Mais la Riponne est sûre, s’il y a de la violence, des bagarres, c’est toujours entre nous, on n’a jamais agressé quelqu’un. A Lausanne, il y a des endroits plus dangereux, les sorties de boites à 3h du matin au Flon par exemple. Quand j’étais plus jeune, j’avais peur de passer à St-Laurent où se réunissaient les toxicomanes. Ils me faisaient peur. Maintenant je trouve que St- Laurent, était plus cool, plus familial. Ici, sur la place, je n’ai pas vraiment d’ami, il y a du bruit, des bagarres, ça gueule, des chiens. Mais on ne peut pas virer les toxicomanes d’ici. Il n’y a pas de meilleur endroit pour eux. Moi, je ne trouve pas que les toxicomanes sur la place dérangent. Ils ramassent ce qui traîne, et si chacun y met du sien, ça va très bien. On n’agresse pas les passants, s’il y a de la violence, c’est entre nous. C’est vrai que certains sont bruyants mais ils n’ont pas d’autres moyens de s’exprimer que de gueuler, mais en fait ils ne sont pas méchants. Quand il pleut, on se met tous devant l’entrée du parking, il y a beaucoup de monde et je comprends que l’on dérange. Mais on fait peur, car on dit de nous que l’on fait peur. Oui c’est vrai, mais pour quelques-uns seulement. Les gens généralisent. Je peux le comprendre, car cela donne une mauvaise image du canton et de la société en général.

Rel'ier – Est-ce que vous aussi vous trouvez qu’il y a plus de violence ?

Je trouve que c’est moins violent qu’avant, il y a plus de policiers. C’est surtout les jeunes qui viennent et qui font n’importe quoi, qui sont violents. En fait, ce n’est pas dangereux du tout ici. On existe, il faut nous reconnaître. En effet, il y en a un peu plus, cela est dû à l’alcool en grande partie, les médicaments aussi. Et puis les étrangers qui ne connaissent rien au monde de la toxicomanie et font n’importe quoi, n’importe comment et n’importe où. Non, même s’il y a plus de chiens, mais ici sur la place, c’est bien, c’est grand, on a de la place. Et la fontaine c’est pratique quand il fait chaud.

Rel'ier – Que faudrait-il changer pour moins déranger ?

Cela dépend de nous, c’est à nous de faire attention, de nettoyer les toilettes ou ramasser nos déchets par exemple. En Suisse allemande, il n’y a pas plus de toxicomanes dans les rues depuis qu’il y a des locaux de consommation et des bistrots pour les marginaux. C’est à nous de donner une image positive.

A ce moment, un adolescent vient pour demander du cannabis, la réaction de nos interlocuteurs est immédiate : « Tu as vu l’âge que tu as ? Tu ne trouve pas que tu es un peu jeune pour çà ? Tu sais dans quel monde tu mets les pieds ? »

Je pense que le problème de la Riponne, c’est que des jeunes viennent chercher du cannabis. Nous on les chasse mais ils reviennent. Il faut absolument faire de la prévention auprès des jeunes, discuter avec eux et les aider si ça ne va pas. Ce serait bien qu’il y ait des coffee shop où l’on peut acheter du cannabis, parce que des jeunes viennent ici en acheter et ce n’est pas une bonne idée parce que peut-être un jour, ils achèteront autre chose que du cannabis. La drogue, elle est partout, et on trouve des produits de plus en plus dangereux qui sont consommés par des personnes de plus en plus jeunes. Il faut faire attention aux jeunes. Si on leur donne des bons messages dès le départ, y a des chances pour qu’ils ne tombent pas. On a le réflexe médicament dans notre société, de plus en plus jeune on donne des médicaments pour tout et surtout pour ne pas avoir mal. Alors c’est une habitude pour les jeunes de consommer des médicaments pour tout résoudre. On trouve de tout au marché noir. Le problème de l’alcool est pire que celui de la drogue, surtout chez les jeunes. Il faut faire quelque chose.

Rel'ier – La ville de Lausanne envisage d’ouvrir un bistrot social. Est-ce que vous pensez que c’est une bonne idée ?

Les gens sont très différents, c’est impossible de trouver un lieu où les marginaux se retrouveraient tous car ils n’ont pas les mêmes besoins, les mêmes envies. On ne trouvera pas un endroit parfait, car il y a trop de différences entre les gens.  Il y a des gens qui vont bien et d’autres pas. Il y en a qui consomment, d’autres qui arrêtent, d’autres qui rechutent et qui reviennent à la rue. En fait, je pense que c’est bien surtout pour les jeunes ou les personnes qui sont malades ou qui ne vont pas bien, car on pourra s’occuper d’eux comme il faut. C’est une bonne idée, pour essayer de sortir de tout ça,  rencontrer des personnes qui vous aident, et trouver la motivation pour faire quelque chose d’autre que rester sur la place toute la journée. Pour que ça marche, il faut qu’il soit au centre ville. Proche de tout, des autres structures où l’on va. Son but doit être de repérer ceux qui vont mal et de les aider. Surtout les jeunes. Il faut inciter le dialogue avec ceux qui vont mal. Mais pour cela, il faut de la patience. Je pense que c’est utile. Il y a déjà le Passage et c’est bien des endroits comme ça.  Le mélange des personnes, c’est parfois difficile. Et ça n’empêchera pas les gens de venir ici, à la Riponne. Moi je trouve que c’est une bonne idée. Mais il faut que ce soit bien situé, au centre de la ville. Oui, c’est une bonne solution, je suis très favorable à l’ouverture d’un bistrot social. C’est le bon endroit pour faire des démarches, manger, être soutenu, encadré. C’est un bon plan mais seulement si c’est ouvert 7 jours / 7, avec des règles assez strictes. Bien géré cela peut être bien, surtout pour les jeunes. Pour la population aussi, ce sera plus caché.

Rel'ier – Vous y rendrez-vous ?

J’irai là-bas parce que traîner ici toute la journée c’est nul. Moi, j’aime être dehors, alors j’irai plutôt en hiver. On a le Passage et la Terrasse c’est bien comme endroits. J’ai un gros chien, je n’y serai pas tranquille ! Je n’irai pas forcément parce que je suis plutôt un solitaire, mais j’irai quand j’ai une demande.

Rel'ier – Comment occupez-vous votre temps ? Quels sont vos projets pour ces prochains mois ?

J’ai plein de projets. Trouver un petit job, actuellement je travaille grâce à Macadam Services et je fais du bénévolat à la Soupe. Je fais du sport, des arts martiaux, et de la thérapie par le cheval. Je veux poursuivre ce que j’ai commencé. J’ai décidé d’aller faire une cure de désintoxication. J’ai des projets réalistes en ce moment. Diminuer ma consommation et déménager hors de Lausanne. Je veux m’occuper plus de mon corps et trouver un meilleur équilibre dans ma vie. Renouer avec la nature. Moi, je travaille, j’ai une vie très stable, j’ai des loisirs. J’ai pas mal de projets mais ce n’est pas le moment, je ne suis pas assez bien pour les réaliser. Il faudrait que je quitte Lausanne et la zone. Je trouve que les activités occupationnelles sont une bonne aide pour s’en sortir. J’aimerais faire table rase, arriver à ne plus fréquenter la Riponne, trouver des activités occupationnelles mais en dehors du milieu. Je voudrais rester en Suisse, trouver un travail, un suivi auprès des professionnels.

Rel'ier – Qu’est-ce que vous faites quand vous n’êtes pas ici ?

Je vais dans les structures pour toxicomanes : le Passage, Sport’ Ouverte, la Soupe. Moi, je viens rarement ici, je travaille. Je reste chez moi ou je vais voir des amis.

Rel'ier – Quels sont les endroits où vous vous sentez bien accueillis, où vous êtes bien ?

C’est chez moi, j’ai trouvé un appartement et je me suis fait un nouveau groupe d’amis. Chez moi dans mon appartement, et ici, pour voir du monde. C’est ici que je suis bien, dehors en tout cas. Je n’aime pas les bistrots, je préfère être dehors. C’est ici à la Riponne que je me sens bien. C’est le moins pire des endroits où on pourrait aller. Bof ! Je ne sais pas. On y est bien quand il fait beau, sur cette place. On n’a pas demandé à venir là. Et maintenant on ne peut pas nous virer, la police n’en a pas le droit. De toute façon, on reviendra. Moi, j’ai fréquenté tous les bistrots populaires lausannois et je m’y sentais bien accueilli. Malheureusement, les bistrots qui acceptaient de servir les personnes toxicomanes ont tous fermé les uns après les autres. Il y en a eu une dizaine environ. C’est la fermeture de ces bistrots qui a créé le groupe de personnes qui zone dans la rue. D’abord à St-Laurent, puis à la Riponne. Il faut être réaliste, on n’a pas envie de se retrouver à l’extérieur de la ville. Cela nous plait d’être visible.

Agenda

30 juin

États généraux de la toxicodépendance à Lausanne
Organisation : Département de la santé et de l’action sociale, en collaboration avec la Direction de la sécurité sociale et de l’environnement.
Rapport de synthèse des Assises de la  toxicomanie du 13 mars www.infoset.ch/f/

Formations GREA
Renseignement et inscription 024 426 34 34 ou surwww.grea.ch

1er, 29 et 30 septembre

Prévention dans les foyers pour adolescents. Initiation au programme Gouvernail         .

8 septembre

Travail social de proximité et société aujourd’hui : construire avec le politique un métier en pleine évolution.

Lectures

Toxicomanie dans le canton de Vaud : cinquième période d'évaluation 2004-2006
Huissoud T., Jeannin A., Gervasoni J-P., Samitca S., Arnaud S., Balthasar H., Zobel F. Gumy, C., Dubois-Arber F.,
Raisons de santé, Lausanne : IUMSP (Institut universitaire de médecine sociale et préventive), 2007.

Prévention de la rechute. Stratégies de maintien en thérapie des conduites addictives
Marlatt G. A. et M. Donovan D., Ed. Médecine & Hygiène, 2008

Adresses utiles

Le répertoire Problèmes de toxicodépendance : où s’adresser dans le canton de Vaud ?
est accessible sous forme de carte interactive
www.infoset.ch/inst/relier/

Version papier sur demande au 021 323 60 58.

Infos réseau

Ouverture du site : www.alcotool.ch
Un outil internet qui permet aux jeunes de tester, observer et réduire leur consommation d’alcool.

 

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